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Plus sain et plus écologique, le lait de chamelle, «super aliment» du futur?
Le lait de chamelle est très peu connu en Europe. Pourtant quelques fermes de camélidés commencent à apparaître et tentent de vendre leur produit. Il serait une alternative plus saine et plus écologique au lait de vache.
Les chameaux peupleront-ils bientôt les pâturages européens? S’ils relèvent encore de l’insolite, ces mammifères commencent doucement à faire leur apparition dans quelques fermes en Europe. Bien connu dans les pays du Golfe et dans certains pays d’Afrique ou d’Asie, le lait de chamelle est réputé pour ses vertus. Il serait une meilleure alternative «santé» et écologique au lait de vache.
Le lait de chamelle moins allergène que le lait de vache
Le lait de chamelle affiche en effet une composition qui semble le placer dans le top des aliments sains. «C’est le seul lait qui ne contient pas de bêta-lactoglobuline», la protéine responsable des problèmes d’allergies au lait de vache, explique Mohamed Ayadi, professeur à la Gembloux Agro-Bio Tech de l’ULiège, responsable du Laboratoire Qualité et sécurité des produits alimentaires. C’est une allergie qui touche surtout les nourrissons, environ 1 à 3% des enfants de moins de trois ans la développent. Si, dans la plupart des cas, l’allergie disparaît avec l’âge, le lait de chamelle pourrait «devenir la matière première de demain pour les aliments infantiles», avance l’ingénieur en génie alimentaire.
Aussi plus digeste, ce lait «a une teneur élevée en bêta-caséine», une autre protéine qui contribue à faciliter la digestion, poursuit Mohamed Ayadi qui assure qu’il «est très bon pour les intolérants au lactose». D’après la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), les teneurs en lactose des laits de vache et de chamelle sont similaires mais ce dernier est «peu intolérant au lactose» car il présente une faible concentration de casomorphine, ce qui contribue à réduire la motilité intestinale.
Le lait de chamelle est aussi plus faible en matière grasse. «Ses globules lipidiques (NDLR : les lipides constituent la matière grasse des êtres vivants) ont un diamètre plus faible que ceux du lait de vache, et la membrane qui entoure ces globules est plus épaisse. La graisse du lait de chamelle ne contient que de petites quantités d’acide gras à courte chaîne. Par contre, il est plus riche en acide gras insaturé», développe le professeur. Ce qui signifie que son facteur de risque est un peu plus élevé pour les maladies coronariennes.
C’est aussi pour cette raison qu’il est plus difficile à transformer, en fromage par exemple, et à conserver. «Pour qu’il garde ses propriétés, le produit doit être pasteurisé. Donc il se conserve maximum 15 jours», détaille Julien Job, fondateur et propriétaire exploitant de la Camélerie, une ferme française de camélidés située non loin de Maubeuge. «Stérilisé à haute température (U.H.T), il se délite».
Enfin, le lait de chamelle trois fois plus riche en vitamine C que le lait de vache est également riche en fer et en sels minéraux. Il contient aussi beaucoup de composés anti-bactérien et anti-diabétique, ajoute Mohamed Ayadi. C’est ce qu’estiment plusieurs études, rapporte dans The Conversation Keith Morris, professeur de sciences bio-médicales à l’Université de Cardiff. Ce lait pourrait en tout cas jouer un rôle dans la réduction de l’inflammation, dont souffrent les personnes atteintes de diabète de type-2, grâce à l’action des acides gras.
Le chameau, c’est écolo
«Dans un contexte de changement climatique, l’élevage de chameaux ou de dromadaires peut être une solution», avance Mohamed Ayadi. Parler de lait de chamelle est en réalité un abus de langage, car les deux animaux sont «très rustiques», capables de résister à des conditions climatiques extrêmes. Le dromadaire (une bosse) est originaire d’Afrique du nord, tandis que le chameau (deux bosses) provient de Chine ou de Mongolie, complète le spécialiste. «Ils sont résistants aux parasites et vivent en moyenne entre 35 et 40 ans». Elevé dans de bonnes conditions, un bovin a une espérance de vie de 20 ans.
«Ce sont des animaux qui viennent du désert chaud ou froid, ils sont adaptés pour des températures entre – 50 et +50 degrés Celsius», appuie Julien Job. Ils ont aussi besoin de moins de nourriture que les bovins.
Les bovins et ovins sont connus pour être de gros pollueurs: ils émettent du méthane, ce gaz à effet de serre qui contribue au dérèglement climatique. Une vache laitière en lactation émet 450 grammes de méthane par jour, soit 135 kilos par an. En outre, 35 kilos supplémentaires pénètrent chaque année dans l’atmosphère par le biais du fumier. L’agriculture est responsable de 40% des émission de méthane. Selon des chercheurs de l’Université de Zurich, en valeur absolue, les chameaux libèrent moins de méthane que les vaches et les moutons. «Ils semblent émettre moins de méthane mais il faut rapporter cela à la quantité de lait produit, or il n’y pas d’études là-dessus», tempère Mohamed Ayadi.
Le lait de chamelle ne pourra jamais remplacer le lait de vache
Par contre, «la production de lait de chamelle ne pourra jamais remplacer le lait de vache», assurent de concert Mohamed Ayadi et Julien Job. «Au grand maximum, une chamelle produit 1.000 litres de lait par an, une année sur deux car elle ne fait pas de lait quand elle est enceinte (NDLR :13 mois en moyenne de gestation), et le bébé boit la moitié de la production», précise ce dernier.
En 2022, la production mondiale de lait de chamelle s’élevait à 4,12 millions de tonnes, selon les données de la FAO. Le Kenya est le premier producteur mondial de lait de chamelle cru, suivi par la Somalie, le Pakistan, le Mali, l’Ethiopie, l’Arabie Saoudite, le Niger et les Emirats Arabes Unis. En comparaison, 930 millions de tonnes de lait de vache ont été produites en 2021.
Un marché d’avenir en Europe?
En Belgique, l’élevage de ces animaux et la production de lait de chamelle sont interdits. Les chameaux et dromadaires ne figurent pas parmi la liste des mammifères autorisés. «Il est toutefois possible de détenir et élever une espèce qui ne figure pas sur la liste, à condition d’obtenir un agrément», précise le SP Wallonie. Que ce soit la BCZ-CBL (fédération sectorielle de l’industrie laitière belge), Eleveo (l’Association wallonne des éleveurs), ou la FUGEA (syndicat agricole), aucune n’ont eu la connaissance de demandes faites pour ce type d’élevage, ou n’ont eu connaissance d’un intérêt pour le marché du lait de chamelle.
Par contre, commercialiser ce produit est possible. Les produits disponibles en Belgique, le plus souvent dans des magasins spécialisés ou de produits orientaux, proviennent pour la plupart d’une ferme néerlandaise. La Kamelenmelkerij Smits, a été la première ferme en Europe à obtenir l’agrément européen pour le faire. Elle a été rejointe en juin 2022 par la Camélerie de Julien Job, qui fût la première ferme du genre en France. Si l’éleveur vendait déjà du fromage et des produits cosmétiques depuis quatre ans, il peut désormais commercialiser son «Camelait» à 8,50 euros le litre, ainsi que du kéfir de lait de chamelle à 9,95 euros. «Le lait n’est pas connu en Europe, ça reste un produit de niche», conclut-il.
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