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Covid : comment lutter contre la peur ou le scepticisme à l’égard des vaccins ?

Le Vif

Trois vaccins contre le coronavirus promettent un degré de protection de 70% et plus, mais de nombreuses personnes ne leur font pas confiance et affirment qu’elles ne se feront pas vacciner.

Les vaccins et les virus sont l’objet de nombreuses fausses informations sur les réseaux sociaux. À cet égard, Facebook et Youtube ont promis de signaler ou de retirer les vidéos trompeuses sur le vaccin contre le coronavirus.

En Belgique, il n’y a qu’un seul vaccin qui est obligatoire: celui contre la polio. La semaine dernière, le gouvernement fédéral a annoncé que le futur vaccin contre le coronavirus serait gratuit et non obligatoire. L’objectif est de vacciner au moins 70% de la population, en commençant par les groupes prioritaires.

Un peu avant les vacances d’été, une étude réalisée dans sept pays européens et relayée par The European Journal of Health Economics révélait qu’une moyenne de 73,9% de la population était prête à se laisser injecter un hypothétique vaccin contre le covid. La Belgique ne figurait pas dans l’étude. Lorsque nos confrères de Knack ont organisé un sondage en ligne pour interroger les lecteurs, celui-ci a été pris d’assaut par des groupes anti-vaccin néerlandais. Résultat : 69% des répondants ont dit ‘non’ au vaccin. La manipulation a ôté toute valeur à ce sondage, mais l’anecdote révèle que les opposants sont extrêmement motivés, et n’hésitent pas à se faire entendre. Alors qu’il faudra encore plusieurs mois avant d’avoir une véritable campagne de vaccination, la campagne de désinformation contre les vaccins dure depuis de nombreuses années.

Les informations fausses et délibérément trompeuses sur le coronavirus circulent depuis le début de l’année. En revanche, les opposants au vaccin existent depuis des années et sont souvent mieux organisés. Ils se sont même réunis en un European Forum for Vaccine Vigilance.

En Belgique, il y a les associations Initiative Citoyenne et Preventie Vaccinatieschade. Il y a aussi de plus petites communautés qui ont tendance à refuser les vaccinations pour des raisons culturelles ou religieuses. Certains adeptes de l’anthroposophie, à la base de l’enseignement Steiner, tiennent également un discours anti-vaccin.

Il est difficile d’estimer à quel point la crise du coronavirus a fait augmenter les doutes liés à la vaccination parmi les citoyens. Intuitivement, on pourrait penser que oui, mais ce n’est pas nécessairement le cas. Donald Trump est peut-être le meilleur exemple. Durant des années, il était sceptique vis-à-vis des vaccins. Avant sa présidence, il répétait qu’il y avait un lien entre les vaccins et l’autisme. Il déclarait aussi qu’il n’avait jamais été vacciné contre la grippe : « je n’aime pas l’idée d’injecter de mauvaises substances dans le corps. » Mais une fois président, il a encouragé les gens à faire vacciner leurs enfants contre la rougeole, dont il y avait un gros foyer aux États-Unis, et ces derniers mois, il est devenu l’un des plus ardents défenseurs du vaccin contre le coronavirus.

Chimpanzé

Quels sont les arguments les plus courants des gens qui doutent du vaccin ? Tout d’abord il y a l’affirmation qu’il est inutile de vacciner « parce que de toute façon le virus mute ». Les mutations permanentes sont en effet inhérentes aux virus, mais il n’y a aucune raison de présumer que cela aurait un effet sur l’efficacité d’un vaccin. La majorité des affirmations anti-vaccin se focalisent sur certains ingrédients qui seraient nocifs. Il y a des listes qui circulent de toutes sortes de substances scientifiques aux noms inquiétants dont on veut faire croire qu’ils comportent un danger potentiel ou même inhérent. Cependant, il n’y a aucune preuve pour aucune de ces substances. Et ne parlons même pas de ceux qui racontent que le vaccin « change votre ADN » ou cache un micro chip qui permettra de vous suivre.

Le vaccin ChadOx1 nCoV-19 en particulier, développé par l’université d’Oxford et AstraZeneca, fait froncer les soucis dans les cercles anti-vax. Les chercheurs ont en effet misé sur la technique du « vecteur viral »: on utilise un autre virus ici, un adénovirus de chimpanzé, qu’on modifie afin qu’il transporte dans nos cellules du matériel génétique capable de combattre le Covid-19. Sur les réseaux sociaux, on lit la version simplifiée selon laquelle les vaccins contiendraient des « particules de chimpanzé et de foetus ». C’est évidemment absurde. Mais cette aversion montre aussi que les gens semblent avoir oublié que le tout premier vaccin d’Edward Jenner contre la variole, mis au point à la fin du 18e siècle, provenait aussi de la variole de la vache. De plus, même le terme « vaccin » est dérivé de Variolae vaccinae, le nom scientifique latin de la variole de la vache.

Un clic

Comment lutter contre la peur ou le scepticisme à l’égard des vaccins ? La professeure Heidi Larson du Vaccine Confidence Project britannique pense que les campagnes d’informations actuelles manquent en partie leur but. Elles divulguent les faits, mais parlent un autre langage que les anti-vaccins et entrent rarement en dialogue. Les campagnes d’informations devraient se focaliser sur les questions qui agitent les citoyens qui doutent : qu’en est-il du contenu de ces vaccins ? Les vaccins contre le coronavirus n’ont-ils pas été développés trop rapidement, et sont-ils aussi sûrs que les vaccins éprouvés contre la grippe, la rougeole ou la coqueluche ? Larson plaide pour une approche qui agit d’abord contre la polarisation. En ce sens, la notion d’antivax est contre-productive : elle met beaucoup de gens qui sont de bonne volonté, mais sont pris de doutes ou de questions et les propagandistes roués dans le même sac.

Reste à faire parvenir ces informations auprès des citoyens, car il suffit généralement d’un clic pour tomber sur une désinformation nuisible.

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