
Anxiété, narcissisme, curiosité: ce qui différencie les athées des agnostiques
Les agnostiques sont plus ouverts d’esprit que les athées. Mais ils sont aussi plus anxieux. Une étude de l’UCLouvain pointe les différences de personnalité entre les deux catégories de non-croyants.
Pourquoi plusieurs non-croyants se définissent-ils comme agnostiques plutôt qu’athées? Les agnostiques sont-ils plus ou moins heureux que les croyants et les athées? Lorsque les sociétés se sécularisent, les non-croyants deviennent-ils athées (ne croyant pas à l’existence de dieu) ou agnostiques (s’estimant incapable de savoir s’il existe ou non)?
Des travaux, menés par deux chercheurs de l’UCLouvain, ont abouti à cinq publications scientifiques récentes. Trois études, menées en Belgique et au Royaume-Uni, se sont focalisées sur la personnalité des agnostiques. Les deux autres ont analysé de larges données issues d’un grand nombre de pays européens (European Values Study). L’une s’est focalisée sur le bien-être des agnostiques, l’autre sur leur augmentation ou leur diminution en fonction de la sécularisation.
Ces recherches, menées par le professeur Vassilis Saroglou, de la faculté de psychologie, et Moise Karim, doctorant, ont montré que les agnostiques, en comparaison aux athées, se caractérisent par une plus grande curiosité et une plus grande ouverture d’esprit. Ils font également preuve de moins de dogmatisme et de force convictionnelle et présentent une orientation prosociale plus marquée (ce qui explique probablement le fait qu’ils trouvent du positif de deux côtés, croyants et athées).
Comparés aux croyants et aux athées, tous deux ayant des convictions et des certitudes, les agnostiques se distinguent par un neuroticisme (instabilité émotionnelle, anxiété) plus élevé et une propension à être indécis quand il s’agit de prendre des décisions dans la vie de tous les jours et de «maximiser» en cherchant plusieurs alternatives quand il s’agit de choix de vie.
Plus ou moins narcissiques
C’est probablement la raison pour laquelle les agnostiques rapportent un bien-être subjectif moins élevé que les croyants et les athées, cet effet étant largement présent dans les pays européens d’héritage protestant et catholique. En outre, tandis que les croyants «forts» (s’identifiant très fortement avec leur foi) se surestiment comme étant très prosociaux et sympathiques, et que les athées «forts» se surestiment comme étant plus intelligents et compétents que les autres, les agnostiques «forts» évaluent positivement à la fois eux-mêmes et les autres, ce qui suggère une absence de narcissisme.
En plus, les agnostiques montrent un intérêt plus prononcé pour la spiritualité que les athées et sont plus ouverts à d’autres croyances, notamment celles paranormales. Enfin, il y a davantage d’agnostiques ayant reçu une socialisation religieuse que d’athées; et l’analyse de larges données européennes ont montré que, au moins en Europe occidentale, plus les sociétés se sécularisent, plus les non-croyants se définissent comme des athées et moins comme des agnostiques. Toutefois, la proportion d’agnostiques reste élevée, ce qui suggère aussi la distinctivité et une certaine stabilité de cette posture convictionnelle.
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Ces caractéristiques pouvant co-exister ou se présenter de manière distincte, les deux chercheurs parlent d’un agnosticisme de sympathie envers les autres, d’un agnosticisme d’anxiété et d’indécision, d’un agnosticisme d’ouverture et de curiosité exploratrice, et d’un agnosticisme plutôt comme résidu religieux ou teinté d’intérêts spirituels.
Le paradis des libres penseurs
En 2018, un baromètre commandé par la Commission européenne avait évalué à 57,1% la proportion de catholiques dans la population belge, à 20,2% celle d’agnostiques et à 9,1% celle d’athées.
Les agnostiques montrent un intérêt plus prononcé pour la spiritualité que les athées et sont plus ouverts à d’autres croyances, notamment celles paranormales.
Une étude menée par l’anthropologue Olivier Servais (UCLouvain) à la demande du magazine chrétien L’Appel confirme que le catholicisme reste l’identité confessionnelle la plus répandue (37%), surtout parmi les 65 ans et plus, mais la proportion d’agnostiques et d’athées est presque aussi importante (35%). Détail intéressant: la moitié des jeunes de moins de 25 ans disent appartenir à cette seconde catégorie.
Enfin, selon un rapport publié en 2019 par Humanists International, une organisation regroupant les associations humanistes et laïques: avec les Pays-Bas et Taïwan, la Belgique fait partie des pays les plus accueillants au monde pour les athées et les libres penseurs. C’est donc chez nous que les non-croyants seraient les moins discriminés et les mieux protégés. Un constat rassurant pour tous ceux qui ne croient en aucun dieu ou qui se sont détournés de la religion.
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