Chauffage au bois
© Getty Images

Se chauffer au bois sera-t-il bientôt interdit? Un projet de loi de la Commission européenne échauffe les esprits

La Commission européenne souhaite interdire les systèmes de chauffage les plus polluants d’ici 2027. Dans le collimateur, les chauffages à bois, qui ne devraient toutefois pas disparaître complètement. Une annonce qui est tout de même très loin de mettre tous les pays européens d’accord, en particulier à l’est de l’UE.

Présenté comme une alternative économique et plus écologique que les énergies fossiles comme le gaz et le mazout, l’impact environnemental du chauffage au bois est loin d’être neutre. Il peut également entraîner des risques sanitaires.

Selon l’Agence européenne pour l’environnement, le chauffage au bois, qu’il soit ouvert, fermé, à haut rendement ou écolabelisé, est le moyen de chauffage qui émet le plus de particules fines. «Tous types d’installations confondues, le chauffage au bois est responsable de quelque 36,5% des émissions de particules fines PM2.5 (NDLR: dont le diamètre est inférieur à 2,5 µm) en Wallonie», ajoute la fédération des associations environnementales belges Canopea.

La Commission européenne compte agir. Dans le cadre de ses efforts en faveur de l’environnement, elle a mis en place la directive Ecodesign 2022, laquelle impose des critères stricts. Notamment pour améliorer l’efficacité énergétique des équipements et réduire les émissions de polluants. Le 12 février dernier, la CE devait présenter un projet de loi imposant ces limites plus strictes sur le monoxyde de carbone et les particules fines. Dont ceux fonctionnant au bois, qui, trop polluants et nocifs pour la santé, pourraient non pas être interdits, mais dont l’usage limité serait encouragé dès 2027.

Difficile de se passer de la biomasse

Sauf que la réunion afférente, et donc le projet de loi lui-même, a été reporté en raison de la «nécessité d’un travail technique plus approfondi» , selon un porte-parole de la Commission européenne. Une conséquence à la levée de bouclier des députés tchèques et allemands n’est toutefois pas à exclure. En République tchèque et en Allemagne, le chauffage au bois est, en effet, encore très répandu. L’eurodéputé allemand Peter Liese (PPE) soulignant que pour ses concitoyens, «les systèmes de chauffage par biomasse sont une partie importante de la transition énergétique, en particulier dans les zones rurales». De son côté, Lukáš Vlček, ministre tchèque de l’Industrie et du Commerce, a assuré qu’il ferait «pression pour que la proposition soit révisée».

«La Commission européenne est bien consciente qu’elle ne peut se passer de la biomasse dans le mix énergétique durable qu’elle entend promouvoir auprès des 450 millions d’Européens. Elle sait que, aujourd’hui, plus de 10% d’entre eux peinent déjà à se chauffer», commente Jean-François Sidler, président de FEBHEL, la Fédération Interprofessionnelle Belge du Bois Énergie.

Et en Belgique?

D’après la Fédération interprofessionnelle belge du bois-énergie, un ménage belge sur cinq utilise un poêle à bois ou à pellets comme chauffage d’appoint en complément d’un autre système comme une pompe à chaleur, par exemple. Selon le bilan énergétique de la Wallonie (2019), le chiffre monte même à 26% (406.000 ménages) lorsque ne sont pris en compte que les habitations du sud du pays.

A l’instar de la Belgique qui veut peu à peu interdire les chaudières au mazout, la ville d’Utrecht, aux Pays-Bas, a décidé d’interdire les chauffages au bois d’ici 2030. Chez nous, l’interdiction n’est pas encore sur la table, mais la FEBHEL juge nécessaire de renouveler certains appareils. En effet, selon le rapport de la fédération interprofessionnelle, 20% des systèmes de chauffage au bois ont plus de 15 ans, et 6% dépassent même le quart de siècle.

Mieux utiliser son chauffage au bois

Changer un chauffage au bois un peu trop vieux, peu performant et émettant une quantité importante de particules fines ne suffit toutefois pas. Cela doit s’accompagner de bons gestes. A travers la campagne «Maîtriser le feu», l’Agence wallonne de l’air et du climat (AWAC) délivre ses conseils pour une utilisation des systèmes de chauffage au bois qui réduisent les émissions de particules fines:

  1. Disposer d’une arrivée d’air adéquate pour la combustion, et la fermer une fois le feu éteint;
  2. S’assurer du bon fonctionnement du conduit de cheminée, et la nettoyer régulièrement
  3. Nettoyer régulièrement le foyer;
  4. Utiliser du bois naturel, c’est-à-dire un bois qui n’est pas traité;
  5. Utiliser exclusivement du bois sec (maximum 20% d’humidité);
  6. Préférer les allume-feux naturels, et oublier le papier —pourtant souvent utilisé— pour allumer un feu;
  7. Appliquer la méthode de l’allumage inversé: par le haut plutôt que par le bas
  8. Alimenter peu, mais régulièrement, le foyer, en veillant à laisser la porte du poêle le moins longtemps ouverte
  9. Utiliser un appareil à sa puissance maximale, et régler l’alimentation d’air
  10. Ne pas utiliser son foyer à bois en continu, par exemple à bas régime la nuit ou durant une absence
Lire plus de:

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Contenu partenaire