Benjamin Hermann

Le lieu commun de Benjamin Hermann | Les dépenses de défense, c’est important, mais laborieux

Benjamin Hermann Journaliste au Vif

Augmenter les dépenses de défense: la quasi-totalité de la classe politique y est favorable. Quant à savoir quels sont les leviers qu’il convient d’actionner, c’est une autre histoire. Une série de choix éminemment politiques, en réalité.

Le scénario est somme toute assez classique. Des impondérables surviennent et il faut agir en conséquence. Les vérités d’un jour ne sont plus celles du lendemain et, au pied du mur, il faut poser des choix. Parce que cela s’impose, parce c’est une question de bon sens, parce «there is no alternative», comme disait Margaret Thatcher.

Il en est ainsi de la politique de défense, telle qu’elle est désormais prônée par la quasi-totalité de la classe politique en Belgique. Quoi qu’on en pense, sur le fond, il est apparu que la nouvelle donne géopolitique pousse (impose) aux responsables politiques d’accroître substantiellement les moyens alloués à la Défense.

Les données sont connues. Il s’agit désormais d’atteindre les fameux 2% de PIB consacrés à ces dépenses, non pas d’ici à la fin de la législature, comme le prévoyait l’accord de gouvernement, mais sur-le-champ, c’est-à-dire dès cette année. La chose semble acquise, l’idée a fait son chemin. Parce qu’il n’y a pas d’alternative, manifestement.

Le constat est posé, l’idée est partagée. Cela a pu apparaître, un court instant, comme une unanimité politique autour de l’effort à consentir. Outre ceux qui insistent sur la nécessité de se placer à la hauteur des autres membres de l’Otan, certains experts soulignent aussi les opportunités. Le fameux train qu’il ne faudrait pas louper.

On a beau considérer l’enjeu comme une nécessité stratégique, on n’est jamais qu’au début du chemin.

Ainsi, le juriste Marc De Vos et l’expert en relations internationales Julien De Wit, du think tank Itinera Institute, publiaient encore voici quelques jours un rapport plaidant pour un «sommet national de la Défense et un pacte de défense avec le secteur financier pour positionner stratégiquement la Belgique dans le nouveau paysage européen». Il ne faudrait pas «répéter le scénario du vieillissement», selon eux, à savoir manquer cruellement d’une vision stratégique. La Défense, expliquent-ils, est un levier d’innovation industrielle, de croissance économique, de résilience sociale. C’est «bien plus que de l’armement» et ils avancent une série de leviers de financement pour y parvenir: mobilisation de la dette publique et de l’épargne privée, notamment.

Mais voilà, on a beau considérer l’enjeu comme une nécessité stratégique autant qu’une opportunité économique, cela ne vous positionne jamais qu’au début du chemin, politiquement parlant.

L’heure des choix a sonné. Et rien n’est probablement plus politique que des choix budgétaires. Diverses options ont été mises sur la table. Vendre les fameux «bijoux de famille», à savoir les participations dans une série d’entreprises, n’est pas très structurel. Plusieurs ténors politiques ont déjà fait part de leur scepticisme, dont Jan Jambon (N-VA) et Georges-Louis Bouchez (MR).

Tailler dans les dépenses sociales? C’est l’opposition de gauche qui hurlera. Solliciter les grosses fortunes? Augmenter l’impôt? C’est l’autre camp qui s’étranglera. Saisir les avoirs russes, lancer une sorte de «bon d’Etat» consacré à la Défense, les idées ne manquent pas. Mais elles ont toutes leurs implications, qui les rendent plus ou moins désirables selon les options politiques choisies.

On a beau présenter la chose comme une évidence, cela ne la rend pas évidente pour autant, serait-on tenté d’écrire.

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