Mélanie Geelkens
La sacrée paire de Mélanie Geelkens | Les applis de répartition des tâches ménagères, une solution pour sauver son couple?
De récentes applis proposent aux couples de les aider à répartir équitablement les tâches ménagères. Une solution pour éviter lassitude, disputes et implosion? A condition que les hommes jouent le jeu… et que les femmes lâchent le balais.
Voilà un des grands mystères de la vie de couple des temps modernes. Elles: «J’en ai marre, mon mec ne fout rien à la maison, c’est moi qui me tape tout.» Eux: «Ah mais franchement, moi, je fais plein de trucs chez moi.» Comment les unes et les autres ne parviennent-ils pas à s’accorder sur la réalité des faits? Parce que, bon, affirmer, par exemple, «notre vie sexuelle est super» vs. «on ne b**** jamais», ça se comprendrait davantage – la notion d’épanouissement étant soumise à interprétation et étant peu quantifiable. A la différence des tâches ménagères: lessive, rangement, vaisselle, poubelles, nettoyage, époussetage, repassage… Autant d’actions parfaitement mesurables, dont l’exécution ne devrait souffrir d’aucune divergence de points de vue (d’autant que de nombreuses statistiques objectivent la situation: selon l’Institut européen pour l’égalité entre les hommes et les femmes, celles-ci assument 64% des domestiques besognes en Belgique).
Il suffirait d’ailleurs de tracer deux colonnes sur une feuille, surmontées d’un «toi» et d’un «moi», puis d’attribuer chaque corvée domestique sous le bon exécutant, histoire de voir qui a la plus longue (charge mentale). C’est d’ailleurs un peu le principe d’une application lancée en septembre 2024: Accord (1). Slogan: «Rendre visible l’invisible», en décomptant et répartissant les tâches ménagères. Chaque utilisateur sélectionne le devoir qu’il compte accomplir, ainsi qu’un horaire d’exécution. A charge des autres membres de la famille d’en suivre l’exécution… et d’envoyer des rappels en cas d’esquive, de procrastination ou d’oubli. Ou un cœur (voire un pouce) en cas d’accomplissement.
Pas très difficile d’imaginer lequel des deux membres du couple passerait son temps à expédier des rappels, ni qui recevrait majoritairement des cœurs, étant entendu que dès qu’un homme s’acquitte d’une quelconque mission relative à la domesticité, il convient d’effectuer une roue et deux cumulets en guise de reconnaissance et de gratitude.
Ces comportements ne relèvent point de l’incompétence, Mesdames. Mais de techniques d’évitement parfaitement conscientes.
«Pour mesurer l’ampleur du déséquilibre au sein de son couple, il faudrait que chacun note ce qu’il fait pendant au moins deux semaines», écrit l’autrice française Titiou Lecoq dans son ouvrage Libérées! Le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale (Fayard, 2017). Ouvrage dans lequel, au-delà d’énumérer les implacables statistiques en matière d’inégalité dans la répartition des tâches ménagères, elle appelle certes les hommes à empoigner le balai, mais également les femmes à leur laisser le manche. Car à la fois «servantes et reines», «se taper la plupart des corvées leur octroie de fait un pouvoir, une sorte de prééminence […] Finalement, cela peut paraître plus confortable de se plaindre d’être la boniche et de devoir tout faire, sans laisser à l’autre la possibilité réelle de le faire.»
D’autant que cet autre est généralement passé maître dans l’art de faire croire à son incapacité. Feindre de ne pas repérer (durant quinze jours!) la chaussette assoupie à côté du panier à linge, mal repasser un tee-shirt (pourtant 100% coton), systématiquement omettre de vider le lave-vaisselle («Oups, pardon, un oubli»)… Ces comportements ne relèvent point de l’incompétence, Mesdames. Mais de techniques d’évitement parfaitement conscientes. Des siècles de duperie. Que certains ne seraient-ils pas prêts à faire pour ne point avoir à récurer les chiottes.
(1) D’autres applis du même genre existent, comme Maydée, développée par une femme qui voulait démontrer que son conjoint –tout féministe qu’il se déclarait– n’en touchait en réalité pas une, ou du moins pas autant qu’elle.Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici