Mélanie Geelkens

La sacrée paire de Mélanie Geelkens | Le bodycount shaming, ou pourquoi on n’aime pas trop les filles faciles

Mélanie Geelkens Journaliste, responsable éditoriale du Vif.be

Récemment, lors d’une émission télé, l’humoriste Bérengère Krief a confié avoir couché avec plus de 30 hommes au cours de sa vie, suscitant nombre de réactions outrées. Pourquoi tant de haine envers les femmes qui ont des relations sexuelles avec plusieurs partenaires?

«Je dois être à plus de 30.» C’était une question intime parmi bien d’autres, dans l’émission Le téléphone rose, sur Canal+. Mais visiblement, que l’actrice et humoriste Bérengère Krief s’accorde un beau 16/20 en matière de compétences coquines et qu’elle aime passer des après-midi au lit a moins marqué les esprits que son bodycount. Soit le dernier terme à la mode (souvent placé au détour d’un date, par exemple) désignant le nombre de partenaires sexuels qu’une personne peut revendiquer.

Et 30, apparemment, c’est beaucoup trop. «Bravo pour la franchise», a commenté quelqu’un sur Instagram, tandis qu’un autre écrivait: «La meuf avoue [ça] à la télé, heureusement qu’être une chienne ne tue pas.» Un extrait parmi tellement d’autres messages que la Française (en promo pour la saison 2 de Bref.) a publié une vidéo sur le sujet… où, hors caméra, son conjoint se mêle du débat, et admet que même lui trouve ça beaucoup trop.

Beaucoup trop? Dans cette même émission, Bérengère Krief a confié avoir eu son premier rapport charnel à 15 ans. Donc, puisqu’elle en a aujourd’hui 41, son activité supposément intense se résume à 0,87 partenaire chaque année.

«En plus, sans les filles faciles, les hommes pourraient-ils avoir des rapports sexuels avec les femmes?»

Zahia

Un «beaucoup trop fort» relatif sauf… pour une femme, bien sûr. Même 20, même quinze auraient été exagérément jugés. La fameuse sentence du double standard: toujours trop côté féminin, jamais assez (pour s’en vanter) côté masculin. La pute vs le Casanova.

Les réprobateurs se révéleraient probablement d’autant plus choqués s’ils savaient que, statistiquement, Bérengère Krief a de grandes chances d’avoir menti. Ou, du moins, sous-estimé son bodycount: c’est en général ce que les femmes font. Ainsi, selon des études européennes sur la sexualité, ces dames déclarent, en moyenne, quatre partenaires sexuels au cours de leur existence. Un chiffre en augmentation ces dernières années (avant, c’était deux), mais qui continue bizarrement de trancher par rapport au tableau de chasse de dix partenaires confessées par ces messieurs. Analyse des sociologues: les femmes auraient sciemment la mémoire trop courte pour éviter le jugement, tandis que les hommes en rajouteraient une belle couche, histoire de cajoler leur virilité.

Mais pourquoi donc tant de mâles indignations concernant ces bodycounts jugés trop élevés? Puisque tant d’hommes ne rêvent que d’écarter des cuisses, ceux-là devraient chérir celles qui apprécient, à l’occasion, de les desceller. Vénérer les «filles faciles, [celles] qui se disent « je suis excitée, j’ai envie de faire l’amour ce soir », en quoi serait-ce dénigrant?», pour reprendre la définition que Zahia Dehar en faisait en novembre dernier, dans la même émission sur Canal+. L’ancienne escort girl, devenue femme d’affaires, ajoutait: «En plus, sans les filles faciles, les hommes pourraient-ils avoir des rapports sexuels avec les femmes?» Déjà qu’ils sont plus nombreux à se plaindre de leur vie sexuelle alors qu’ils copulent et jouissent davantage…

Zahia: «Sans les filles faciles, les hommes pourraient-ils avoir des rapports sexuels avec les femmes?» © GETTY

Si les dames aux multiples partenaires effraient tant, peut-être est-ce finalement parce qu’elles deviennent ainsi susceptibles de déterminer si l’herbe est plus verte ailleurs. Et, partant, de faire la distinction entre un bon et un mauvais coup, puis de devenir exigeantes quant aux compétences de leurs partenaires. Ou, pour le formuler autrement: s’il n’existait pas autant de piètres amants, sans doute ne craindraient-ils pas que leur médiocrité, à force de points de comparaison possibles, finisse par être débusquée.

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