Train World :  » Pas un garage à locos ! « 

Olivier Rogeau
Olivier Rogeau Journaliste au Vif

Attendu depuis près d’un demi-siècle, le musée ferroviaire belge entre en gare le 14 septembre à Schaerbeek. Un projet de plus de 20 millions d’euros, dont 5,75 millions pour la scénographie, conçue par François Schuiten.

Le temps est à l’orage pour les chemins de fer belges. Le projet du ministre Paul Magnette (PS) de scinder le rail en deux entités distinctes, la SNCB et Infrabel – la holding étant supprimée – suscite de vives controverses ( lire en page 30). De même, les reports à l’horizon 2022 de la finalisation du RER et de la modernisation de l’axe ferroviaire Bruxelles-Namur-Luxembourg ont soulevé des vagues d’indignation du côté francophone. Seul rayon de soleil dans ce sombre climat : le projet de musée national des chemin de fer. Rebaptisé Train World, il prend forme avec la pose, le 14 septembre, d’une première pierre sur le site de la gare de Schaerbeek-voyageurs.

 » Ce musée du rail représente pour la SNCB-Holding un réel aboutissement, assure-on au sein de la société chargée de gérer le personnel et le patrimoine du groupe. La Belgique a joué un rôle pionnier dans l’histoire du chemin de fer. Bruxelles est la première capitale au monde à avoir été desservie par le train. Mais, malgré la richesse de nos collections et alors que les principaux pays européens ont depuis longtemps leur musée ferroviaire, la Belgique attendait toujours le sien.  » Les Britanniques ont, à York, un musée national du rail qui attire les foules, les Néerlandais sont fiers de leur musée d’Utrecht et les Français ont transformé le musée ferroviaire de Mulhouse en une  » Cité du train « , un parcours spectacle conçu pour séduire le grand public.

Tendance à l’amnésie

La Belgique, où a été exploitée, dès 1935, la première ligne ferroviaire du continent – entre l’Allée verte, à Bruxelles, et Malines -, avait des projets de musée du rail depuis près d’un demi-siècle.  » Mais notre fâcheuse tendance à l’amnésie a été la plus forte, déplore le dessinateur François Schuiten, qui assume la scénographie du futur musée bruxellois. Il faut parfois attendre longtemps avant que les pouvoirs publics ne prennent conscience de la valeur de notre patrimoine. Il y a, dans l’Histoire, ce que j’appelle des « angles morts », des périodes pendant lesquelles on manque de lucidité. On a détruit, dans l’immobilier, ce qui allait être considéré comme des chefs-d’£uvre de l’architecture européenne. De même, on a envoyé à la casse des locomotives extraordinaires et un précieux matériel ferroviaire. La plupart des trésors qui ont subsisté sont remisés depuis des lustres à Louvain, dans un dépôt aux toitures percées. « 

A quoi ressemblera le nouveau musée ?  » L’actuelle gare de Schaerbeek, un bâtiment de 1913, en sera la porte d’entrée, poursuit Schuiten. S’y ajoutera un nouveau bâtiment aux façades très épurées. Son architecture rappelle les ateliers ferroviaires. Il sera édifié avec une rigueur budgétaire à toute épreuve !  » Les engins du passés seront exposés dans ce hall, notamment L’Eléphant, la plus grande des trois locomotives présentes le 5 mai 1835 lors de l’inauguration de la ligne Bruxelles-Malines. Autre fleuron du rail retenu sur le site : le seul exemplaire de la série Type 12 Atlantic à avoir échappé – par miracle ! – aux ferrailleurs au début des années 1960. Les lignes aérodynamiques de cette loco à vapeur conçue par l’ingénieur belge Raoul Notesse, carénée par le designer français André Huet et construite en 1939 chez Cockerill, à Seraing, a envoûté Schuiten, qui lui a consacré, au printemps dernier, son premier album BD solo.

Mise en scène

 » Détenteur du Ruban bleu, un record mondial de vitesse, ce bolide sera la pièce maîtresse du musée, estime l’auteur des Cités obscures. Mais le grand hall à construire ne sera pas un garage à locomotives ! L’essentiel de l’effort est porté sur la mise en scène.  » L’espace muséal sera divisé en quatre salles principales et d’autres plus petites. Une mezzanine offrira aux visiteurs une vue plongeante sur les modèles exposés. Une salle présentera le réseau ferré belge, autrefois le plus dense au monde. Dans un grenier figurera la signalétique ferroviaire et une section présentera les nez des trains du futur… Une cafétéria et une librairie sont prévues dans le bâtiment de 1913, tandis que l’aile de 1887 regroupera les fonctions de la gare bruxelloise, toujours en service.

OLIVIER ROGEAU

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