Musk a de plus en plus de détracteurs. Ici, le 2 avril, devant le showroom Tesla de Manhattan à New York. © ZUMA Press

Les ennuis d’Elon Musk: comment il peut rebondir (ou pas)

Thierry Denoël
Thierry Denoël Journaliste au Vif

Trop clivant, trop encombrant, Elon Musk serait sur le départ au sein de l’équipe Trump. Les revers se multiplient pour le patron de Tesla et de X, écartelé entre son business et sa mission politique controversée.

Rien ne va plus pour Elon? L’homme le plus riche du monde semble accumuler les revers. Dans le Wisconsin, il avait soutenu à hauteur de 25 millions de dollars le candidat républicain à la cour suprême de l’Etat. Mais, mercredi, ce dernier n’a pas été élu, laissant la place à la candidate progressiste. Or Tesla comptait sur ce potentiel juge suprême républicain pour obtenir gain de cause dans le contentieux qui l’oppose à la justice du Wisconsin, concernant le droit pour les constructeurs automobiles de détenir des magasins concessionnaires. Pour Musk, l’enjeu est d’autant plus important que les ventes du constructeur de véhicules électriques sont en chute libre.

Le boycott de Tesla par les consommateurs du monde entier a pris de l’ampleur et la concurrence chinoise, en particulier celle du constructeur BYD, est de plus en plus féroce. En Europe, les ventes de Tesla ont diminué de plus 40% en ce début d’année. Même tendance en bourse où l’action de l’entreprise désormais texane a dégringolé de 46% depuis son plus haut historique en décembre dernier. Bien sûr, les prises de position tonitruantes d’Elon Musk et son entreprise de tronçonnage de la fonction publique fédérale au sein de l’équipe Trump ne sont pas étrangères à cette bérézina. Une université du Connecticut vient de révéler un sondage, selon lequel 60% des électeurs américains désapprouvaient son action au sein du DOGE, le département spécial créé pour lui.

Tesla est, en outre, la cible d’actes de violence. Pour éviter qu’on s’en prenne à leur voiture, en y taguant une croix gammée, de plus en plus de propriétaires accolent un autocollant «Je l’ai achetée avant que Musk devienne fou!» ou «Anti Elon Tesla Club». Des bornes de recharge et des showrooms ont été vandalisés. Des concessions ont même été incendiées en Europe et aux Etats-Unis, au point que la procureure générale de Floride, nommée par Donald Trump, a averti le 1er avril que ceux qui «participent à la vague de terrorisme intérieur contre les propriétés Tesla seront retrouvés» et que 20 ans de prison seront d’office requis sans négociation possible. Le ton est donné…

La haine anti-Musk n’explique pas tout. La concurrence est de plus en plus féroce entre constructeurs de véhicules électriques, dans un marché où les ventes globales s’écrasent. Le Européens proposent des modèles davantage compétitifs. Surtout, les Chinois mettent le turbo. BYD a récemment ravi la place de numéro un mondial à Tesla. On verra si les nouveaux droits de douanes annoncés par Trump, vis-à-vis de la Chine et de l’UE, changeront la donne. Autre espoir pour Musk: sa firme va bientôt lancer des modèles reliftés, notamment le célèbre SUV Model Y, un rafraîchissement annoncé qui expliquerait peut-être, en partie, la baisse des ventes.

En attendant, Elon Musk accumule les déboires. Son réseau social X est, lui aussi, en perte de vitesse, avec une baisse significative du nombre d’utilisateurs en un an (-20% environ). Dans un email envoyé à ses salariés en janvier dernier, il a reconnu que X traversait une période difficile. Même si elle n’est plus cotée en bourse, les spéculateurs s’inquiètent de la situation financière de la plate-forme dont les recettes publicitaires ont été divisées par plus de deux en 24 mois. Et les prévisions ne sont pas bonnes. Un quart des publicitaires pensent diminuer leurs dépenses sur le réseau social cette année. Outre les mastodontes classiques, la concurrence se fait plus âpre aussi. Celle de Thread (Meta) en particulier, mais aussi Bluesky, fondée par le créateur de Twitter (ex-X) qui a vu Barack Obama, très suivi sur X, récemment débarquer parmi ses utilisateurs.

Comme ceux de Tesla, les actionnaires de X s’impatientent, d’autant que Musk a emprunté 12 milliards de dollars à plusieurs banques pour acheter Twitter à 44 milliards en 2022. Il semble vouloir limiter la casse comme en témoigne son opération de rachat interne de X par sa société d’intelligence artificielle xAI. Le conseiller de Trump a, en effet, annoncé le 28 mars que xAI rachetait X pour 45 milliards de dollars. Comment interpréter cette acquisition? « On peut y voir une certaine cohérence dans la synergie qu’il dit vouloir créer entre les deux, mais ça, c’est la version business-bisounours, commente Nicolas van Zeebroeck, professeur à la Solvay Brussels School (ULB). L’autre version est qu’il sent bien que son entreprise prend l’eau et le rachat est donc une sorte d’exit consistant à couper la poire en deux.»

«Mélanger business et politique se retourne souvent contre celui qui s’y essaye»

Nicolas van Zeebroeck

xAI est aujourd’hui la seule entreprise d’intelligence artificielle qui possède son propre réseau social à grande échelle. Le pari est tout de même audacieux. Musk espère que les données des centaines de millions d’utilisateurs de X seront exploitables par son IA pour entraîner ses modèles algorithmiques. Mais pas sûr que le RGPD européen le permette. La croisade américaine contre la régulation UE ne devrait pas diminuer en intensité… Quoiqu’il en soit, Elon Musk réalise une belle diversion en faisant de sa plate-forme sociale déclinante un nouvel atout stratégique qui, espère-t-il, détournera l’attention des médias et des observateurs. Rien n’est moins sûr toutefois tant qu’il maintiendra un pied dans la politique, surtout de façon aussi polarisante.

Il semble qu’il ait pris conscience de son équilibre précaire entre le monde des affaires et celui des pouvoirs publics. Le site d’information Politico, souvent bien renseigné, a révélé ce 2 avril que Trump aurait confié à des proches que Musk allait quitter son poste dans les prochaines semaines, alors que sa mission de 130 jours au DOGE doit se terminer fin mai. « Mélanger business et politique n’est jamais une bonne idée, explique le Pr van Zeebroeck. Cela se retourne souvent contre celui qui s’y essaye. Une entreprise ne fonctionne pas comme une élection. Si 51% des suffrages suffisent pour être élu, voir 49% de ses clients bouder son affaire commerciale n’est pas la même chose.» Musk s’en sortira sans doute en affirmant qu’il a créé la dynamique voulue pour nettoyer l’Etat fédéral et qu’on n’a plus besoin de lui pour continuer. Mais il aura encore du boulot pour restaurer une image de lui moins clivante. Sa fortune a tout de même fondu de 100 milliards de dollars en quelques semaines.

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