Le «kit de survie» préconisé par la Commission européenne devra notamment contenir papiers d’identité, médicaments personnels et briquet. © Getty Images

Les citoyens appelés à se munir d’un kit de survie: «Nous pouvons faire l’autruche, ou regarder les choses en face»

Elise Legrand
Elise Legrand Journaliste

Mercredi, la Commission européenne a présenté sa stratégie de résilience pour affronter différentes situations de crise. Les citoyens sont notamment invités à préparer un kit pour survivre en autonomie durant 72 heures. Un conseil déjà préconisé en Belgique par le Centre de crise.

Le constat est limpide: les Européens comptent sur l’Union pour mieux les protéger. Selon un baromètre publié en février 2025, deux tiers des citoyens (66%) plaident ainsi pour que les autorités européennes défendent davantage la population face aux crises globales et aux risques sécuritaires qui pèsent sur le Vieux Continent. Un appel qui semble avoir été reçu cinq sur cinq par la Commission européenne, qui a présenté mercredi un tout nouveau plan d’actions en ce sens.

Intitulé «Preparedness Union Strategy», cette feuille de route vise à mieux armer les Etats membres pour affronter différentes situations d’urgence. «Aujourd’hui, les menaces que nous rencontrons sont plus complexes et interconnectées que jamais», a rappelé au cours d’une conférence de presse la commissaire européenne en charge du dossier, Hadja Lahbib (MR). Egrenant tour à tour les risques climatiques, numériques et surtout géopolitiques qui guettent l’Union, la commissaire à la Préparation et à la gestion des crises a rappelé que deux choix s’offraient aux Européens: «Nous pouvons faire l’autruche, ou nous pouvons regarder les choses en face et passer à l’action

Tout le monde à bord

Option 2, donc. Concrètement, la stratégie comprend une liste de 30 actions-clés pour mieux répondre aux risques, parmi lesquelles la mise sur pied d’un nouveau centre européen de coordination des crises et le renforcement de la coopération entre le civil et le militaire. Mais surtout, la Commission entend embarquer «tout le monde à bord» de ce plan. Les hautes instances dirigeantes ne sont pas les seules à être invitées à coopérer: chaque citoyen a en réalité un rôle à jouer dans la bataille. Comment? En anticipant.

La population doit prendre des mesures proactives pour se préparer aux crises, insiste la Commission. Et ça passe notamment par l’élaboration d’un «sac de résilience» avec des fournitures de base, permettant de survivre en autonomie pendant au moins 72 heures en cas de crise. Ce qu’il contient précisément dépendra des besoins de chaque Etat membre et des menaces qui pèsent sur celui-ci. «Evidemment, il existe des réalités géographiques et géopolitiques très différentes entre la Finlande, qui partage une frontière commune avec la Russie, et l’Espagne ou le Portugal qui sont plus sujets aux feux de forêt», reconnaît Hadja Lahbib. De son côté, la Belgique ne fait pas face à une seule menace prépondérante mais à des risques plus diffus, notamment climatiques «comme on a pu le voir avec les indondations», rappelle la Commissaire.

Six ou dix bouteilles d’eau?

L’Union européenne propose donc des mesures censées conférer un «état de préparation général», potentiellement adaptables aux besoins nationaux. Le kit devrait notamment comprendre: de l’eau, de la nourriture non périssable (barres de céréales…) ou lyophilisée (conserves…), des papiers d’identité placés dans une pochette imperméable, des médicaments indispensables, du cash (une carte de crédit pourrait rapidement devenir «un simple morceau de plastique» en cas de cyberattaque), un chargeur et/ou batterie portable, du matériel pour s’éclairer (allumettes, briquet) en cas de coupure d’électricité, et une radio à longues ondes pour rester en communication avec le monde extérieur. «Mais ce ne sont que des suggestions, insiste le cabinet d’Hadja Lahbib. Les Etats membres gardent une liberté totale par rapport à ce sac de résilience, qui relève de leur stratégie nationale.» Là où l’Espagne pourrait conseiller dix bouteilles d’eau, la Suède n’en recommandera peut-être que six, illustre le cabinet.

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Et en Belgique? Le Centre de crise national conseille déjà «depuis des années» aux citoyens de se munir d’un kit d’urgence. «Ce sont des kits multirisques, conçus pour faire face aux premiers instants de différentes situations d’urgence, précise le porte-parole Thomas Gijs. Ils sont transportables en cas d’évacuation rapide, mais peuvent aussi être utilisés à domicile, si la population doit s’abriter chez elle durant de longues heures.» Pharmacie personnelle, eau, lampe de poche ou encore couteau-suisse doivent ainsi permettre de s’en sortir temporairement, quelle que soit la nature de la crise (inondation, coupure de courant prolongée, accident de nature chimique…).

Un kit prêt à évoluer

Outre le kit de survie, le Centre de crise préconise également un ensemble de bons réflexes à adopter pour mieux s’armer face aux catastrophes potentielles: s’inscrire sur Be-Alert pour recevoir les notifications d’urgence émises par le gouvernement, suivre sur les réseaux les comptes officiels de sa commune ou sa province ou encore prendre connaissance de son environnement immédiat (zone inondable, proximité avec une usine chimique…) pour anticiper les menaces.

Le Centre de crise rappelle que son initiative est bien antérieure à la guerre en Ukraine et aux changements récents de contexte géopolitique. «Les recommandations et la composition du kit d’urgence n’ont pas changé depuis des années, confirme Thomas Gijs. Mais si un jour cela doit évoluer, notre site web sera mis à jour avec toutes les informations qui doivent être actualisées.» Le Centre de crise précise «ne pas encore avoir eu connaissance» de la stratégie de l’Union européenne, mais assure qu’elle «l’examinera» et prendra les dispositions nécessaires à sa bonne mise en place.

La Commission n’a pour l’heure livré aucun détail sur le timing de l’implémentation de ces nouvelles mesures. Mais l’urgence de la situation sécuritaire européenne semble appeler à une mise en œuvre rapide. «Lors de la pandémie de Covid-19, nous évoquions tous le fameux « monde d’après », avertit Hadja Lahbib. Ce monde est désormais là, plein de guerres, de crises, de dangers, de catastrophes naturelles qui se multiplient. Et nous devons lui faire face.»

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