En cas d’absence prolongée de précipitations, les sols belges pourraient devenir très secs. Un facteur de chaleur aggravant pour l’été? © Getty Images/iStockphoto

«Désagrégation précoce» du vortex polaire, «blocage» et sécheresse: pourquoi l’été pourrait être très chaud

Elise Legrand
Elise Legrand Journaliste

La désagrégation précoce du vortex polaire entraîne une situation de blocage anticyclonique sur la Belgique. Résultat: les précipitations sont quasi inexistantes, avec un risque de sécheresse de plus en plus accru. L’absence d’eau dans les sols pourrait résulter en un été plus chaud que la moyenne.

Où est la pluie? Avec à peine sept millimètres de précipitations enregistrés en mars (contre 59 mm en moyenne), le début du printemps météorologique s’est avéré particulièrement sec. Le mois d’avril poursuit sur cette lancée ensoleillée: à en croire les prévisions, aucun nuage menaçant ne se profile à l’horizon des quinze prochains jours.

Source: IRM

Une pluviométrie déficitaire qui puise notamment sa source dans une désagrégation précoce du vortex polaire, véritable moteur de la dynamique atmosphérique. «Habituellement, la Belgique se caractérise par une puissante circulation d’air d’ouest en est, entraînant un défilé rapide des phénomènes météo, qui stationnent à peine quelques heures voire quelques jours au-dessus de notre pays avant de migrer vers l’Europe de l’Est, indique Xavier Fettweis, professeur de climatologie à l’ULiège. Sauf qu’avec la désagrégation complète du vortex (qui était déjà moribond depuis plusieurs semaines), la dynamique atmosphérique est désormais complètement à l’arrêt.» Avec pour conséquence un maintien prolongé des conditions anticycloniques actuelles: le temps reste ainsi lumineux et sec sur l’ensemble des régions. «Cette situation de blocage total va se poursuivre pendant encore deux à trois semaines», précise le climatologue.

L’Espagne sous la pluie

Si les pays du sud de l’Europe font également face à ce blocage météorologique, il y est là-bas caractérisé par des conditions dépressionnaires. La pluie ne cesse de tomber en Espagne, par exemple, qui voit ses barrages se remplir et ses rivières déborder. «La situation est en quelque sorte inversée par rapport aux conditions habituelles», confirme Xavier Fettweis.

La décomposition précoce du vortex polaire –habituellement observée à la fin du printemps– n’est pas exceptionnelle en soi. «Il y a des années où il se désagrège plus vite et d’autres où il tarde davantage, sans véritable explication», indique Hugues Goosse, climatologue à l’UCLouvain. Dans le cas d’un «crash», ce vortex peut même s’affaisser subitement, sans lien direct avec le réchauffement climatique. «Le vortex polaire se situe dans la stratosphère, à environ 20 ou 30 km d’altitude, précise Xavier Fetweis. Contrairement à la troposphère, cette couche reste actuellement bien moins impactée par les effets du réchauffement.»

De manière générale, la circulation atmosphérique subit d’importantes variations d’une année ou d’un mois à l’autre. La prolongation de périodes ensoleillées ou pluvieuses durant plusieurs semaines a ainsi toujours existé. «Il faut donc redoubler de prudence avant d’attribuer le phénomène actuel au réchauffement climatique, insiste Hugues Goosse. Alors que l’augmentation des températures ces dernières années résulte sans aucun doute de l’activité humaine, les observations sont moins nettes concernant les périodes de blocage. Des conclusions robustes et définitives sont donc plus complexes à tirer.»

Sécheresse imminente

Par contre, le réchauffement climatique a bel et bien un effet sur le contraste thermique entre l’équateur et les pôles, qui joue indirectement sur la dynamique atmosphérique. «Comme les pôles se réchauffent quatre fois plus vite que l’équateur, la différence de températures est aujourd’hui moins forte», précise Xavier Fettweis. Or, plus ce contraste est faible, plus le vent dominant est faible… et plus la circulation atmosphérique ralentit. «Le blocage météorologique actuel résulte donc de la combinaison de ces deux phénomènes», estime le climatologue.

«Avec la désagrégation complète du vortex polaire (qui était déjà moribond depuis plusieurs semaines), la dynamique atmosphérique est désormais complètement à l’arrêt.»

Xavier Fettweis

Professeur de climatologie à l’ULiège

Sans pluie à l’horizon, la Belgique devrait prochainement entrer en phase de sécheresse météorologique. A ne pas confondre avec la sécheresse hydrologique, caractérisée par un manque d’eau dans les nappes phréatiques, «dont on est très loin actuellement», souligne Hugues Goosse. La sécheresse météorologique, elle, se calcule sur la base de la somme des précipitations des 90 derniers jours. Selon l’IRM, cet indice est actuellement considéré comme «proche de la normale», mais devrait passer à «sec» aux alentours du 8 avril. Les niveaux exceptionnels du printemps 1996, le plus sec depuis le début des relevés en 1970, devraient même être dépassés.

Chaud devant?

Cette sécheresse superficielle (sur les dix à 20 premiers centimètres des sols) compliquera logiquement la tâche des agriculteurs dans les semaines à venir. D’autant que des gelées tardives ne sont pas à exclure, compromettant les chances de survie des jeunes plantations. A court terme, les risques de feux de forêt ou de broussailles restent également élevés. Principalement dans les Hautes Fagnes, où le drapeau rouge est toujours hissé.

Mais si elle se prolonge, cette pluviométrie déficitaire pourrait également avoir des conséquences à moyen terme. La saison estivale pourrait en faire les frais. «Si les sols sont toujours très secs fin juin, les températures pourraient monter», prédit Xavier Fettweis. En effet, en été, la majeure partie de l’énergie du soleil est consacrée à l’évaporation des sols. S’il n’y a pas d’humidité en surface, il n’y aura pas d’évaporation, et l’excédent d’énergie sera alors apporté à la température. Le thermomètre pourrait ainsi grimper. «La sécheresse des sols peut être un phénomène aggravant de chaleur», confirme Hugues Goosse. «C’est ce qui s’est passé à l’été 2022, qui a été particulièrement chaud et sec, rappelle Xavier Fettweis, qui faisait suite à un printemps lui-même très pauvre en précipitations.»

Pour que la chaleur estivale se confirme, il faut toutefois une absence prolongée de pluie pendant encore plusieurs longues semaines. «L’évaporation du mois d’avril ne va pas conditionner à elle seule les températures du mois de juillet», insiste Hugues Goosse. Mais un seul événement pluvieux n’aliènera pas les risques de sécheresse. «Dix millimètres de pluie en mai, ça ne sera pas suffisant pour résorber les sols, nuance Xavier Fettweis. Par contre, si le ciel est aussi chargé en précipitations que durant les mois d’hiver, alors la situation sera évidemment sous contrôle.»

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