
Trump, le «serial négociateur»: «En revenant sur sa parole, il perd en crédibilité»
Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump a fait de nombreuses annonces «choc» pour finalement revenir dessus ou ouvrir la porte aux négociations. Une stratégie qui ne sera pas payante sur le long terme, prévient Gonzague Vannoorenberghe, professeur d’économie à l’UCLouvain, et qui entachera sa crédibilité.
Au surlendemain de son «Liberation Day», l’annonce de nouveaux droits de douane touchant l’ensemble des partenaires commerciaux des Etats-Unis, le président Donald Trump a déclaré être prêt pour des négociations. Si d’autres pays offrent quelque chose de «phénoménal» en échange, le républicain serait disposé à baisser les droits de douane, selon plusieurs médias. Des propos qui contredisent ceux de responsables de la Maison-Blanche qui avaient martelé, quelques heures auparavant, que les droits de douane n’étaient pas négociables.
Ce n’est pas la première fois que Donald Trump fait de grandes annonces «choc» pour ensuite se rétracter ou ouvrir de possibles négociations. Une tactique qui n’est pas tout à fait neuve, d’après Gonzague Vannoorenberghe, professeur d’économie à l’UCLouvain et spécialiste du commerce international. «Ça revient à mettre le pistolet sur la tempe de quelqu’un pour espérer obtenir ce que l’on veut.»
«Si tout le monde était plus coordonné, si l’on arrivait à s’entendre sur des mesures, ce serait très coûteux pour les Etats-Unis.»
Gonzague Vannoorenberghe
Professeur d’économie à l’UCLouvain
Quel est le but de Donald Trump avec cette stratégie?
Gonzague Vannoorenberghe: Obtenir des concessions. Mais on ne sait pas si celles-ci touchent uniquement au commerce. Annoncer des mesures comme il le fait joue sur la surprise, ça fait son effet auprès des partenaires commerciaux.
Il cherche là à asseoir sa position de force par rapport à ses partenaires. Il sait qu’inévitablement de telles mesures créeront des dissensions entre pays, voire à l’intérieur même d’un Etat. Prenons l’exemple de l’Union européenne, qui a annoncé qu’elle allait travailler à des contre-mesures. Tous les Etats membres ne seront pas d’accord sur les mêmes choses. La France défendra davantage le commerce de l’alcool, tandis que l’Allemagne sera plus en faveur de mesures concernant le marché automobile. Je reste néanmoins persuadé que l’UE parviendra à se mettre d’accord sur des mesures en réponse à Trump.
Si tout le monde était plus coordonné, si l’on arrivait à s’entendre sur des mesures, ce serait très coûteux pour les Etats-Unis.
La stratégie de Trump porte-t-elle ses fruits, pour le moment?
Pour l’instant, ça n’a pas l’air de trop marcher d’un point de vue commercial. Les Etats-Unis n’ont pas obtenu les concessions escomptées de la part de leurs partenaires commerciaux. Il y en a eu quelques-unes, minimes et symboliques, mais pas de grandes victoires pour Trump. Au contraire, certains pays comme la Chine, le Canada, ou encore l’Union européenne ont d’ores et déjà annoncé des ripostes.
Par ailleurs, en annonçant de grandes mesures puis en revenant sur sa parole, il perd en crédibilité. Ce fut le cas avec le Mexique et le Canada. Après avoir annoncé des droits de douane sur les voitures, il s’est rendu compte que ça allait perturber la chaîne de production américaine et est revenu en arrière.
«Sur le long terme, les pays vont s’adapter, ils seront moins dépendants des Etats-Unis.»
Gonzague Vannoorenberghe
Professeur d’économie à l’UCLouvain
En revanche, sur l’aspect militaire, ses annonces «choc» semblent porter leur fruit. En annonçant vouloir quitter l’Otan, les Etats-Unis ont poussé les pays européens à investir davantage dans la défense.
Enfin, des négociations dont on n’a pas connaissance se tiennent peut-être en ce moment entre Trump et les dirigeants de pays tels que le Royaume-Uni. Et peut-être vont-elles dans le sens du président américain.
Cette stratégie est-elle tenable, ou finira-t-elle par s’essouffler?
Ça dépend à quel point il revient sur ses décisions sans avoir obtenu de concessions. Tout le monde a encore un peu cet espoir qu’en voyant l’impact négatif pour l’économie américaine, Donald Trump va revenir sur les mesures annoncées mardi.
Sur le court terme, ça va coûter cher aux partenaires commerciaux, donc la stratégie de Trump peut fonctionner. Mais sur le long terme, les pays vont s’adapter, ils seront moins dépendants qu’ils ne le sont actuellement, et ce sont les Etats-Unis qui en pâtiront le plus. Toutefois, cette indépendance commerciale (NDLR: le protectionnisme) rendra tous les pays moins riches.
Donald Trump peut donner l’impression de gérer la politique de son pays comme un homme d’affaires. Mais un homme d’affaires a tout intérêt à soigner sa crédibilité et ses rapports avec ses partenaires. Je ne suis pas sûr que sa stratégie est la bonne pour le business.»
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