
La détresse du secteur associatif de l’accès au logement: «Certains acteurs risquent de disparaître»
Jusqu’au 7 avril prochain, des associations wallonnes et bruxelloises participent à la semaine d’action pour le droit au logement. Mais la hausse des coûts et la suspension des primes dans la capitale menacent leur modèle.
Face au mur des contraintes budgétaires, une myriade d’associations wallonnes et bruxelloises tentent de bâtir des ponts pour à des logements abordables et de qualité. Mais les temps sont particulièrement durs pour pérenniser de tels projets. Depuis 1988, Renovassistance a rénové 47 (petits) immeubles dans la capitale et logé 150 familles. L’association joue le rôle de tiers investisseur social: elle prend à sa charge la rénovation complète d’un bâtiment, à condition que le propriétaire le confie ensuite à une agence immobilière sociale (AIS), proposant des loyers plus abordables, pendant 30 ans. Au-delà de l’intérêt social, les propriétaires concernés pourront ainsi transmettre un bien de qualité à une génération future, plutôt que de le revendre à un faible prix. Mais la suspension des primes Renolution menace la viabilité du modèle, déjà mis à mal par la hausse des coûts de rénovation (+35% ces quatre dernières années) et par l’évolution rapide des normes urbanistiques et énergétiques.
Logements abordables: chantiers et engagements à l’arrêt
Là où Renovassistance investissait en moyenne 1.650 euros par mètre carré il y a quelques années, il en coûte désormais 2.132 euros. «Les primes pour la rénovation urbaine, puis les primes Renolution, nous permettaient de financer environ 20% à 25% maximum des travaux», contre plus de 45% au début des années 1990, souligne Denis Grimberghs, administrateur de l’association. Celles-ci s’adressent en effet également aux personnes morales et physiques, majorées en cas de mise à disposition à une AIS. «Mais l’incertitude actuelle nous oblige à mettre à l’arrêt les chantiers et les engagements que nous comptions prendre avec des propriétaires. Compte tenu de toutes les évolutions, notre modèle tient-il encore sur 30 ans? Que le futur gouvernement bruxellois rende les primes plus sélectives, d’accord. Mais il doit prévoir un mécanisme permettant aux opérateurs d’augmenter le parc de logement à vocation sociale. Dans le cas contraire, certains acteurs risquent de disparaître.» C’est aussi le plaidoyer de Sohonet (le Social Housing Network), regroupant une septantaine de membres.
En Wallonie, la problématique de l’accès au logement fut longtemps sous-estimée. D’abord parce que le sud du pays compte davantage de propriétaires que de locataires (35%), contrairement à Bruxelles. Ensuite parce que la réalité d’une ville n’est pas celle d’une autre ou d’une commune rurale. Depuis une petite dizaine d’années, le Rassemblement wallon pour le droit à l’habitat (RWDH) est le porte-voix d’une trentaine d’acteurs aux profils très variés: associations de promotion de logement (APL) et de locataires, AIS, lutte contre le sans-abrisme… Depuis le 30 mars et jusqu’au 7 avril prochain, il participera à la semaine d’action pour le droit au logement, chapeautée par une ONG européenne.
«Il est grand temps de définir une politique d’accompagnement et de soutien ciblée sur les bailleurs.»
Arnaud Bilande
Coordinateur du Rassemblement wallon pour le droit à l’habitat (RWDH)
«En Wallonie, les AIS et les APL sont relativement bien soutenues par les pouvoirs publics, constate Arnaud Bilande, coordinateur du RWDH. Ce qui est bien nécessaire, vu les demandes affluant de la part des locataires et le désinvestissement dans les logements publics. En revanche, le secteur du sans-abrisme et les relais sociaux subissent, eux, des coupes importantes.» Concernant l’accès à un logement abordable et de qualité, Arnaud Bilande déplore l’absence totale d’encadrement des loyers sur le marché privé et de stratégie visant les passoires énergétiques. «Les locataires sont livrés à eux-mêmes, ce qui conduit à des situations désastreuses. A Charleroi, par exemple, nous avons été sidérés de découvrir l’état des logements sur le parc locatif privé. La réduction du montant des primes ne va pas aider à inverser la tendance. Il est grand temps de définir une politique d’accompagnement et de soutien ciblée sur les bailleurs. Et non plus une politique de papa, uniquement centrée sur l’accès à la propriété par l’hypothèque. La rénovation et le logement abordable sont les deux clés de voûte pour sortir de la crise dans laquelle on s’enfonce depuis des années.»
De son côté, la Fondation Roi Baudouin souligne le rôle crucial des acteurs associatifs, mais aussi de la philanthropie, pour remédier au vaste problème de l’accès à un logement décent. Via son prix Reno-Hope, elle a octroyé un montant total de 720.000 euros à douze initiatives (soit 60.000 euros par projet) offrant des logements de qualité aux personnes en situation de précarité, tout en répondant aux défis sociaux et environnementaux.
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