Réforme du statut de l'artiste
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La réforme du statut de l’artiste est «dangereuse et populiste» juge le directeur du KVS

Le directeur du théâtre royal flamand (KVS), Michael De Cock, a dénoncé, jeudi, la possible suppression du statut de l’artiste par le gouvernement fédéral, jugeant l’initiative « dangereuse et populiste ».

Le journal L’Echo évoquait, mercredi, la possibilité de voir le statut de l’artiste passer à la trappe avec la réforme annoncée des allocations de chômage. Huit mille artistes et créateurs pourraient être affectés, selon le quotidien.

Pour M. De Cock, cette proposition pourrait bien n’être toutefois qu’un « ballon d’essai » du gouvernement fédéral destiné « à la galerie et à son arrière-ban ». « Je pensais pourtant que la campagne était finie », grince le patron du KVS, interrogé par Belga. Selon lui, le cadre actuel et le statut accordé aux artistes ont permis « que notre paysage culturel soit au sommet mondial« .

« Il est extrêmement difficile de bâtir une carrière dans les arts, sans parler de constituer une pension. Les artistes sont souvent très entreprenants et se tuent au travail« , rappelle-t-il.

Le gouvernement Vivaldi, sous l’impulsion de Pierre-Yves Dermagne (PS), de Frank Vandenbroucke (Vooruit) et David Clarinval (MR), avait décidé de renforcer le statut des artistes. Selon M. De Cock, il serait dès lors « parfaitement ridicule » que le nouveau gouvernement le réforme à nouveau. « Le statut vient tout juste d’être adapté et on le remet déjà en question? », s’étonne le directeur du KVS.

Le secteur culturel a décidé de se mobiliser, lundi, à l’occasion de la journée de grève nationale. Son action est prévue de 10h à 12h sur la place de la Monnaie, à Bruxelles.

La FEAS appelle le gouvernement à respecter l’accord

De son côté, la Fédération des employeurs des arts de la scène (FEAS) estime que cette réforme va à l’encontre de l’accord gouvernemental qui garantit le maintien des exceptions pour cette catégorie de travailleurs intermittents et souvent précaires, affirme-t-elle.

Dans le secteur des arts de la scène en Fédération Wallonie-Bruxelles, des dizaines d’opérateurs culturels, plus de 10.000 emplois et 2,5 millions de spectateurs sont concernés, poursuit la Fédération. À l’échelon national, l’ensemble du secteur culturel représente près de 5% du PIB et plus de 200.000 emplois, affirme-t-elle.

La FEAS appelle donc le gouvernement fédéral à respecter l’accord conclu entre les partenaires de majorité.

Le statut de l’artiste, un débat «logique» pour le ministre

« La législation chômage s’applique à certains artistes. Compte tenu de la spécificité de ce statut, il est logique que nous tenions le débat au sein du gouvernement sur les modalités spécifiques d’application. » Le ministre de l’Emploi David Clarinval (MR) a de cette manière indiqué, jeudi, en séance plénière de la Chambre, que le débat restait ouvert au sein du gouvernement sur la manière d’appliquer la réforme des allocations de chômage aux artistes. Le projet de loi en préparation est actuellement discuté en inter-cabinets.

Celui-ci stipule que « la réforme du précédent gouvernement concernant les exceptions à la disponibilité active, passive et adaptée pour les artistes est conservée. » Cependant, « la législation chômage s’applique à certains artistes », a-t-il observé. Pour le libéral, « la question se pose donc de savoir si ce statut doit encore être lié au chômage. »

La cheffe de groupe des Engagés, Aurore Tourneur, a semblé rassurée. « Le statut ne sera pas mis en cause », a-t-elle salué. « Si c’est bien cela votre intention, nous pouvons la soutenir », a-t-elle ajouté, avertissant que les centristes n’accepteraient aucune « marche en arrière ». « Le ministre a été très clair », a estimé Georges-Louis Bouchez. « Il veut sortir les artistes du chômage. » Pour le président du MR, qui a rappelé que M. Clarinval avait œuvré à la mise en place du statut d’artiste sous la précédente législature, il est nécessaire d’offrir aux artistes « un accès plus facile au statut d’indépendant. »

La culture qui gratte

L’opposition n’a pas eu la même lecture de la réponse. « Je crains qu’à part ma collègue des Engagés, vous n’ayez pas rassuré grand monde », a lancé François De Smet (DéFI). « Oui, vous allez détricoter la réforme du statut », a affirmé Pierre-Yves Dermagne (PS). « La culture qui gratte, ça vous dérange. Celle qui échappe aux logiques marchandes, ça vous dérange », a lancé le socialiste à l’encontre des libéraux.

« Ce qui est dans l’accord de gouvernement ne compte pas. Vous voulez bien vous attaquer au statut d’artiste », a renchéri Sofie Merckx (PTB). « J’ai une pensée pour Elisabeth Degryse (NDLR: ministre-présidente de la Fédération Wallonie-Bruxelles, issue des Engagés), que certains voudraient voir comme la dernière ministre de la Culture. Elisabeth si tu nous regardes… », a lancé Rajae Maouane (Ecolo-Groen).

Par ailleurs, David Clarinval a confirmé que le congé de maternité, ainsi que le congé d’adoption et le congé de paternité seraient bien assimilés à des périodes de travail. Quant au congé maladie, « la réforme prévoit effectivement qu’elles ne seront pas assimilées à des jours de travail. Mais cela ne veut pas dire qu’elles ne comptent pas, car ces périodes prolongeront la période prise en compte pour l’admissibilité », a expliqué le ministre.

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