Sans-abrisme Wallonie
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Près de 20.000 sans-abris ont été recensés en Wallonie, dont une part très importante d’enfants

Selon un dénombrement réalisé par l’Observatoire wallon du Sans-abrisme et l’UCLouvain, 19.387 personnes n’ont pas de chez-eux, dans le sud du pays. Parmi eux, près de 27% sont des enfants.

En Wallonie, près de 20.000 personnes – 19.387 exactement – sont en situation de sans-abrisme et d’absence de chez-soi, un chiffre global stable, mais marqué par une proportion importante d’enfants, ressort-il d’une extrapolation basée sur les dénombrements uniformes organisés au cours des cinq dernières années au sud du pays.

Parmi ces personnes, on dénombre en effet 14.183 adultes et 5.204 enfants (26,8%) directement concernés par la situation de logement de leurs parents. Ces derniers se retrouvent principalement dans des situations d’hébergement d’urgence ou temporaire (46,6%), chez des proches (27,6%) ou dans des logements menacés d’expulsion immédiate (10%), selon les chiffres présentés cette semaine par l’Observatoire wallon du Sans-abrisme en collaboration, entre autres, avec l’UCLouvain.

« Les personnes que nous voyons dans l’espace public ne constituent que la partie émergée de l’iceberg (environ 5%). Dormir à la rue, dans un hébergement d’urgence ou dans un espace non conventionnel (tente, voiture, squat, etc.) est une réalité en Belgique et en Wallonie. Bien que cela soit plus fortement le cas dans les grandes villes, ce phénomène est présent partout », a souligné, au cours d’une conférence de presse, Martin Wagener, professeur à l’UCLouvain. 

Afin de collecter des données claires sur l’ampleur du phénomène et sur le profil des personnes concernées, l’Observatoire Wallon du Sans-Abrisme – ancré au sein du SPW Intérieur et Action sociale – a pris la suite de la Fondation Roi Baudouin en 2023 pour organiser, avec les équipes de recherche, des dénombrements scientifiques réguliers et uniformes en Wallonie.

Charleroi, Namur et Verviers

Fin 2024, le CIRTES UCLouvain et la KULeuven ont ainsi réalisé trois nouveaux dénombrements « point in time » des personnes sans-abri et sans chez-soi en Wallonie. Y ont participé les 12 communes de l’arrondissement de Charleroi, les 16 communes de l’arrondissement de Namur et les 20 communes de l’arrondissement de Verviers. Au total, 5.797 personnes sans-abri ou sans chez-soi – qui ont en commun d’être exclues du marché du logement –  y ont été dénombrées, soit 4.216 adultes et 1.581 enfants accompagnants. 

Dans le détail, 1.904 adultes et 611 enfants ont été recensés dans l’arrondissement de Charleroi pour un total de 2.515 personnes en situation de sans-abrisme ou sans chez-soi. L’arrondissement de Namur comptait, lui, 1.479 adultes et 594 enfants pour un total de 2.073 personnes sans-abri ou sans chez-soi. Quant à l’arrondissement de Verviers, on y a dénombré 833 adultes et 376 enfants pour un total de 1.209 personnes concernées.

Santé mentale et addiction

Plus généralement, les dénombrements réalisés depuis 2020 mettent en lumière des constats communs: un tiers des personnes dénombrées sont des femmes qui passent principalement la nuit dans des structures d’hébergement temporaires, chez des membres de leur famille ou des amis. La moitié d’entre elles ont des enfants qui partagent leur situation de logement.

Par ailleurs, près d’un tiers des personnes recensées présentent des suspicions de problèmes de santé mentale (29,2%) et d’addiction (28,7%). Pour 7% des personnes dénombrées, un handicap mental est soupçonné. Tant les personnes ayant des troubles de santé mentale que celles confrontées à des addictions ont plus souvent la nationalité belge et sont surreprésentées dans la catégorie d’âge 30-50 ans. Enfin, plus de la moitié des personnes ayant des assuétudes sont en situation d’errance depuis plus d’un an. Et dans 30% des cas, il s’agit d’une errance de plus de deux ans. 

Mettre fin au sans-abrisme d’ici 2030

« Cet exercice de dénombrement, dont l’enjeu social et politique est capital, s’inscrit au cœur de l’action du gouvernement wallon pour que chaque personne, où qu’elle se trouve, dispose d’un lieu de vie digne et stable. Le sans-abrisme et l’absence de chez-soi ne sont pas de simples indicateurs de précarité: ils sont le reflet d’inégalités persistantes et d’un accès insuffisant aux droits fondamentaux », a de son côté déclaré le ministre régional en charge de la lutte contre la pauvreté, Yves Coppieters.

La Belgique s’est engagée, par la ratification de la Déclaration de Lisbonne, à mettre fin au sans-abrisme d’ici 2030, et « nous devons nous donner les moyens d’y parvenir, ce qui passe notamment par le fait de fonder nos politiques sur des données fiables, de qualité et utilisables à tous les niveaux de pouvoir. C’est précisément le rôle de ce dénombrement: cartographier l’ampleur du phénomène et décrire les réalités des personnes concernées », a-t-il ajouté.

« Ce travail exigeant, que nous n’aurions pu accomplir sans l’engagement de l’ensemble des partenaires de terrain: services sociaux, maisons d’accueil, CPAS, associations, communes et bénévoles, nous permet de cerner la diversité des trajectoires. Les constats qui en émergent doivent alimenter la réflexion publique et favoriser des évolutions dans l’accompagnement, la coordination entre acteurs et le suivi de ces publics », a poursuivi Yves Coppieters.

Selon ce dernier, « ces chiffres démontrent aussi clairement le besoin d’approches structurelles, non seulement au niveau communal, mais aussi aux niveaux régional et fédéral, afin de bâtir une véritable stratégie coordonnée de lutte contre le sans-abrisme ». « Mettre fin au sans-abrisme n’est pas une chimère », a-t-il conclu en appelant les villes et communes qui n’y auraient pas encore participé à s’associer aux prochains dénombrements.

En 2025, 35 villes européennes mettront en œuvre des dénombrements. Grâce aux financements wallon et européen, le Cirtes UCLouvain accompagnera quant à lui quatre territoires en Wallonie et deux au Grand-Duché de Luxembourg.

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