
«Carnaval des sacrifiés», «parcours du combattant»: tout savoir sur la grève tournante des profs dès lundi prochain
Du 7 au 11 avril, les enseignants organisent une grève tournante aux quatre coins de la Wallonie pour dénoncer la détérioration de leurs conditions de travail. Des inquiétudes que dit «entendre» la ministre Glatigny (MR), qui recevra les syndicats mardi.
«La colère ne se dissipera pas si facilement», mettaient en garde mi-janvier les syndicats de l’enseignement. A peine trois mois plus tard, le geste se joint à la parole avec une nouvelle salve d’actions qui débute lundi. Au fil de la semaine, les mouvements de grève se succèderont dans toute la Wallonie et à Bruxelles, centrés autour d’un objectif commun: mettre en lumière la dégradation des conditions de travail du personnel.
Lundi, les provinces de Liège et de Luxembourg initieront la contestation par des manifestations organisées à Bastogne et dans la Cité Ardente (Place du Vingt Août). Des initiatives symboliques mettront en lumière les difficultés liées à la carrière d’enseignant. Des piquets de grève seront également installés devant certaines écoles, perturbant de facto la tenue des cours.
Mardi, la grogne gagnera les capitales (wallonne et belge) ainsi que le Brabant wallon. Un cortège traversera le centre de Namur pour rejoindre la Citadelle. A Bruxelles, un «sit-in» se tiendra sur la Place Surlet de Chokier, devant le cabinet de la ministre de l’Enseignement, Valérie Glatigny (MR). A Nivelles, un «parcours du combattant» prendra place dans le centre-ville. «Ce sera une manière ludique, au travers d’épreuves et de châteaux gonflables, de montrer que la carrière des professeurs est loin d’être un long fleuve tranquille», insiste Masanka Tshimanga, présidente du SLFP-Enseignement.
Grève tournante: «Montrer l’accroissement de la colère»
Mercredi, la «gazette du front commun», qui rassemble des témoignages du personnel (enseignant, ouvrier ou administratif), sera distribuée devant les écoles, sur les marchés, dans les gares ou les centres commerciaux des différentes provinces. Jeudi, les professeurs du Hainaut teinteront leur mobilisation d’une touche de folklore local, avec un «carnaval des sacrifiés» organisé à Mons. Enfin, une conférence de presse se tiendra vendredi au siège de la CGSP-Enseignement.
Cette grève tournante organisée sur cinq jours a pour objectif de donner une visibilité plus large à la contestation, sans obliger les enseignants à se croiser les bras toute une semaine. Le mot d’ordre syndical? Se mobiliser au moins un jour, idéalement celui où sa régionale est en action. «Ca s’inscrit dans la logique des mouvements initiés depuis le début de l’année, confirme Luc Toussaint, président de la CGSP-Enseignement. Après une journée de grève en novembre, puis 48 heures en janvier, on voulait organiser une action plus étendue dans le temps pour montrer l’accroissement de la colère.» En mobilisant à l’échelle locale, les syndicats répondent aussi à une demande de leurs affiliés. Parfois lassés de viser uniquement Bruxelles, ils insistent «pour toucher un maximum de personnes proches d’eux», souligne Masanka Tshimanga.
Le CDIe, un vrai statut?
Avec cette grève tournante, les enseignants dénoncent les «attaques du gouvernement» envers les conditions d’exercice de leur métier. A commencer par la fin des nominations au profit d’un contrat à durée indéterminée, octroyé aux nouveaux profs dès la rentrée 2027. «L’exécutif démontre son intention de pallier les pénuries, mais la première cause de ce manque criant de personnel, ce sont nos conditions de travail qui se détériorent, insiste Luc Toussaint. C’est à leur amélioration qu’il faut s’atteler en priorité. Et ce n’est sûrement pas avec la suppression du statut que la ministre va arranger les choses.» Un argument que rejette Valérie Glatigny. Alors qu’un prof sur trois quitte le secteur dans les cinq ans, «il est impératif de stabiliser les enseignants débutants dans le métier, rappelle la ministre. Je propose de leur donner un vrai statut (inexistant aujourd’hui) sous forme d’une CDIe, sur mesure pour les enseignants, avec un 2ème pilier de pension, l’aménagement des débuts et fins de carrière et une revalorisation salariale.»
Au-delà du statut, le personnel (tous niveaux confondus) s’inquiète également du recul de l’âge de la pension et de la fin des retraites anticipées sous certaines conditions. «Ça fait peur à beaucoup de devoir travailler jusqu’au bout du bout, sans en avoir l’énergie ni les capacités cognitives», regrette Luc Toussaint. Les enseignants affiliés à la CGSP et à la CSC ont d’ailleurs été nombreux à débrayer le 31 mars, lors de la grève nationale contre les régimes de pensions décrétés par l’Arizona.
«Aucune réponse rassurante»
Enfin, les organisations syndicales déplorent la pénibilité accrue du métier, face à des «classes surpeuplées et de plus en plus hétérogènes». «Les écoles comptent toujours plus d’élèves à besoins spéficiques, qu’il faut accompagner individuellement, expose Masanka Tshimanga. Mais dans des classes qui débordent, le suivi devient très difficile à gérer pour les enseignants.» D’autant que la détérioration des bâtiments scolaires constitue un frein supplémentaire à la bonne tenue des activités. «En 2025, on a encore des profs qui donnent cours dans des remises, s’indigne la présidente du SLFP-Enseignement. Autant dire que ça n’améliore pas les conditions de travail et d’apprentissage des élèves.»
Des inquiétudes que dit «entendre» Valérie Glatigny, qui déplore toutefois les «pertes d’apprentissages» que la grève tournante signifie pour les élèves. Disposée au dialogue, la ministre libérale a d’ailleurs proposé de recevoir une délégation syndicale le 8 avril, en marge de la manifestation devant son cabinet. Une entrevue qui s’ajoute à celles organisées toutes les six semaines avec le front commun, les associations de parents et les fédérations de parents. «La concertation ne s’est jamais interrompue», défend son cabinet.
Sur le fond, Valérie Glatigny rappelle que les réformes mises en place par la Fédération Wallonie-Bruxelles sont destinées à «moderniser et rendre plus attractif le métier d’enseignant». Des réformes qui, ajoute-t-elle, sont «concertées avec les acteurs de l’enseignement, qui font partie des groupes de travail actuellement en cours sur ces sujets». De leur côté, les syndicats regrettent que ces groupes de travail ne donnent pour l’heure «aucune réponse rassurante aux craintes des membres du personnel».
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